17 octobre 1961 : Intervention de Guillaume Bulcourt au nom des élus communistes, front de gauche, citoyens

Mesdames, messieurs

Il y a 57 ans, le 17 octobre 1961, les Algériens de la région parisienne descendaient manifester pacifiquement dans la rue.

Ils défendaient leurs droits:

Le droit à l’indépendance

le droit des peuples à disposer d’eux même

Le droit à l’égalité face à la mise en place du couvre-feu discriminatoire décrété par le gouvernement de l’époque et mis en place avec zèle par Maurice Papon, préfet de police de Paris;

Alors que la Seine charrie les corps des Algériens assassinés par la police de Papon, la répression continue : 13374 arrestations, 7000 personnes parquées au Palais des sports, 979 femmes et 595 enfants conduits dans des foyers, 1781 militants refoulés vers l’Algérie.

Il faut voir la réalité en face : c’est un crime d’État qui a été perpétré. Si se souvenir et commémorer est un acte essentiel, nous ne pouvons-nous contenter de cela. Il serait temps, grand temps, que l’État reconnaisse ce crime.

Macron avait promis « des actes forts sur cette période de notre histoire ». Le 13 septembre dernier, après 61 ans, 3 mois et 2 jours… l’État français a reconnu la torture et l’assassinat par l’armée de Maurice Audin, jeune mathématicien communiste anticolonialiste.

A la question Pourquoi la France peine-t-elle toujours à regarder son passé colonial en face ?, le journaliste communiste indépendantiste, Henri Alleg répondait “ Ceux qui ont mené la guerre d’Algérie, les gouvernants à Paris comme les dirigeants colonialistes en pied en Algérie, ont tout fait pour dissimuler au peuple français la vérité de la colonisation et des horreurs commises pendant la guerre. Ils ont sciemment caché cette vérité”.

Aussi, cette reconnaissance de crime d’état de l’assassinat de Maurice Audin, est un grand pas. Mais il reste, hélas, du chemin à parcourir pour lever la chape de plomb qui couvre encore cette page de notre histoire. D’abord parce qu’il y a, au moins, 3 024 Algériens qui ont entre guillemets « disparu » comme Maurice Audin. Ensuite, parce qu’il reste encore des nostalgiques du passé colonial qui ont pignon sur rue!

Et pour les faire taire et en finir avec toutes les mentalités et les comportements hérités de l’époque coloniale, la reconnaissance par la France des crimes de sa colonisation est une condition pour que les familles algériennes puissent faire leur deuil. Elle est également indispensable pour que la société française assume, enfin, l’héritage de l’époque coloniale.

C’est d’autant plus important pour construire notre avenir que cette reconnaissance, dont les descendants de l’immigration algérienne sont les héritiers, est liée à celle de leur place pleine et entière dans la société française ainsi qu’à la fin des discriminations à leur égard.

Aujourd’hui, ce n’est pas parce que les témoins de la guerre d’Algérie tendent à disparaitre, que nous tournerons la page. Au contraire. Si nous nous retrouvons ici chaque année, en mémoire des hommes et des femmes victimes de la barbarie, c’est pour poursuivre ce travail de reconnaissance. Cela peut sembler une goutte d’eau dans l’océan et pourtant, ce sont ces milliers de gestes qui permettent de ne jamais rien lâcher et d’avancer.

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